L’Assemblée générale de la CIIA fait 5 propositions à l’OMS
pour mieux maîtriser les maladies liées à l’alimentation

Contexte

Lors d’une première réunion en septembre 2006, "WHO Foodborne Disease Burden Epidemiology Reference Group (FERG) a défini une stratégie pour évaluer le coût global des maladies épidémiques liées à l’alimentation. L’estimation de ce coût est en effet une donnée indispensable aux responsables pour définir et hiérarchiser en terme de priorités les actions politiques les plus pertinentes. Il a invité la CIIA à sa seconde réunion le 20 novembre 2008.

Avant tout, il faut rappeler la confusion fréquente entre sécurité sanitaire  et sécurité alimentaire : la sécurité alimentaire, qui fait référence essentiellement à la disponibilité quantitative en aliments, a été la principale préoccupation des responsables politiques et des ONG lors de la flambée des prix mondiaux en 2007-2008. Une disponibilité insuffisante réduit d’autant les défenses immunitaires naturelles et fragilise encore plus les populations confrontées aux autres endémies. Cependant, les risques de sécurité sanitaire sont permanents.

L’analyse de l’impact des maladies liées à l’alimentation est généralement centrée sur l’impact des infections microbiennes (cf. le " Foodborne Pathogenic Micro-organisms and Natural Toxins Handbook " publié par USDA Food Safety Inspection Service). A juste raison, l’OMS inclut les parasites ainsi que les éléments allergènes et les carences nutritionnelles. Dans l’esprit des consommateurs les plus soucieux de leur santé, les risques peuvent être également liés aux résidus chimiques de produits de traitements (pesticides, antibiotiques, etc.). Il faudrait ajouter les risques sanitaires liés aux comportements frauduleux. Il faut rappeler ainsi qu’en 1981, le décès de 500 personnes et 20.000 hospitalisés après avoir consommé de huile de colza frelatée avait causé un véritable traumatisme en Espagne et jeter la suspicion sur tous les produits alimentaires transformés. En 2008, l’incorporation frauduleuse en Chine de mélamine dans de la poudre de lait a intoxiqué plus de 50.000 enfants.

Cet épisode dramatique d’intoxication a montré par ailleurs, pour la première fois, l’impact international que peut avoir la commercialisation de produits contrefaits. Il y a toujours eu des falsifications. Dans la société traditionnelle, les malversations perpétuées par des artisans sans scrupules avaient des conséquences locales. La révolution industrielle a étendu les risques au niveau régional, voire national. Le législateur français a, ainsi, voté une loi dès 1905 pour lutter contre les fraudes. Cette loi stipule que les produits mis en vente doivent avoir trois qualités : loyale et marchande pour assurer une égale concurrence, la première qualité exigée étant d'être "sain", respectueux de la santé du consommateur. Sauf cas exceptionnel, la mondialisation des marchés a aboli aujourd’hui les frontières. Ainsi, en 2008, les autorités responsables de la sécurité alimentaire de 10 pays ont retrouvé des quantités élevées de l’ingrédient nocif incorporé par un fabricant chinois dans divers produits. Ce constat a conduit plusieurs pays, dont l’Europe et les USA, à interdire l’importation de produits contenant des matières premières laitières en provenance de Chine. Cette interdiction entraîne évidemment un coût économique pour le pays d’origine (perte directe de chiffre d’affaires), mais également pour l’ensemble des entreprises du secteur agroalimentaire dont la probité est ensuite systématiquement mise en doute.

Quelques études scientifiques réalisées, malheureusement trop parcellaires, identifient des niveaux particulièrement sensibles de la chaîne alimentaire dans les pays développés : il s’agit des véhicules de transports, des établissements de restauration collective et des équipements de réfrigération dans la distribution et à domicile. Une étude réalisée au Royaume Uni estime ainsi que la moitié des intoxications alimentaires sont générées dans les restaurants.

Dans les pays les moins développés, il conviendrait sans doute d’y ajouter la distribution sur les marchés et le long des routes de produits animaux frais ou découpés importés congelés. D’une manière plus générale, on doit constater que les règles de bonnes pratiques ne sont pas toujours respectées (re-congélation de produits décongelés, ré-emballage de produits au-delà de la DLC initiale…). Les procédures d’analyses et de contrôle qui permettraient d’identifier ces produits à risques sont complexes et coûteuses, surtout lorsque ces produits sont commercialisés sans la garantie d’un opérateur crédible et solvable.

Après le drame de l’huile de colza frelatée, un réseau d’alerte sanitaire a été créé en Espagne unissant les professionnels et les ministères de la Santé et de l'Intérieur. Ce réseau a été étendu à toute la Communauté européenne. Celle-ci s’est ensuite dotée de structures et d’une réglementation qui protègent efficacement la santé des consommateurs européens. Reste à identifier et à évaluer les effets croisés des maladies endémiques non liées à l’alimentation avec les différentes sources d’intoxication et d’infection pour que les préventions et décisions soient les plus pertinentes possibles, sans précautions excessives.

L’importante réelle des épidémies liées à l’alimentation, hormis celles liées à l’eau sale, est difficile à cerner. Sur la base des données des CDC américains, le nombre de personnes réellement malades avec une capacité de travail réduite est 150 fois plus nombreux que celui des décès…

Propositions de la CIIA