DECLARATION
DE DAKAR
Depuis
quelques années
S’il faut admettre que
d’importants progrès ont été faits, que des famines ont été combattues ou
évitées, il reste que des millions d’habitants de la planète, particulièrement
en Afrique, souffrent encore périodiquement,
voire de manière structurelle, de la faim. Les femmes, surtout les enfants,
sont frappés par la malnutrition entrainant une forte mortalité infantile.
Cette situation perdure malgré
les nombreuses organisations et institutions spécialisées qui sont engagées
dans la lutte contre la faim. En effet, les productions agricoles, affectées
par la multiplication des aléas climatiques, ne peuvent pas toujours répondre
aux attentes, d’autant plus que la spéculation affectant les prix, met les
produits alimentaires hors de portée du
plus grand nombre.
Le Dakar Agricole, forum international
convoqué pour la première fois en 2005 à l’initiative de Maître Abdoulaye Wade,
Président de
A l‘invitation du Sénégal, la
deuxième édition, organisée en partenariat avec le think tank Momagri (Mouvement pour une Organisation Mondiale de
l’Agriculture), vient de se réunir à Dakar.
Il a enregistré la
participation de plusieurs Chefs Etats et de Gouvernement, de nombreux
ministres et ambassadeurs venant de 40 pays ainsi que des représentants des
institutions internationales. Y ont également participé 77 experts
scientifiques, chercheurs, représentants de l’administration, de la
société civile, des organisations paysannes, des associations de producteurs et
de consommateurs.
Les discussions très riches ont
été articulées autour de quatre enjeux :
1. La
régulation des marchés agricoles : Selon quels nouveaux principes peut-on
réguler les prix des principaux produits agricoles de manière à mieux prévenir
les crises alimentaires et assurer en permanence aux petits agriculteurs
d’Afrique et du reste du monde, un revenu minimum garanti décent ? Plus
généralement, comment éviter les crises agricoles à répétition à l’échelle
mondiale ?
Les Etats peuvent, par exemple, être invités à
prendre l’engagement d’adopter des politiques de limitation des fluctuations de
prix dans des marges convenues.
2. La
sécurité alimentaire : Avec quels instruments de pilotage de la coopération internationale, dans le nouveau
contexte mondial, pourra-t-on assurer la sécurité alimentaire et lutter durablement
contre la pauvreté ?
3. La gouvernance
agricole mondiale : Sur quelles bases renouveler
4.
Une stratégie agricole mondiale : Comment,
au-delà de la simple régulation des prix, développer les agricultures des pays
en développement, singulièrement d’Afrique, par des investissements ciblés de
nature, par exemple, à atténuer progressivement les différentiels de productivité, augmenter parallèlement les
quantités et améliorer les qualités ?
Après deux jours de travail
dans des ateliers et tables-rondes,
Nous,
Experts du secteur privé et des
Etats, en provenance de tous les continents,
Réunis à Dakar, Sénégal, les 18
et 19 avril 2011,
Conscients que la sécurité
alimentaire est un enjeu stratégique pour l’avenir de la planète, nous sommes unanimes
à considérer que le libre jeu des forces du marché ne peut, seul, assurer un
prix rémunérateur aux agriculteurs. Aussi suggérons-nous l’adoption, avant
tout, de mesures urgentes de régulation des prix des principaux produits
agricoles, ce qui n’est possible que dans le cadre de la création d’une
organisation centrale de gouvernance mondiale de l’agriculture qui aura, bien
entendu, d’autres missions complémentaires.
Adoptons, en conséquence, la présente Déclaration de Dakar
par laquelle nous demandons au G20 agricole qui va se réunir en France en juin,
de prendre, au niveau international, les mesures suivantes :
1.
Mettre en place une organisation mondiale chargée
de
2.
Dynamiser et mieux coordonner le fonctionnement
des Organisations Internationales qui est actuellement préoccupant et
insuffisant en ce qu’il n’assure plus une coopération nécessaire et adaptée à
ces nouveaux enjeux,
3.
Améliorer progressivement les systèmes de
production agricole dans les pays en développement afin de leur permettre
d’accéder à la haute productivité des pays développés en adoptant, avec l’aide
de
4.
Soutenir fermement l’agriculture des pays en développement
qui ne se transformera pas sans de véritables agriculteurs bien formés à la
place du paysan traditionnel. C’est pourquoi nous recommandons une politique ambitieuse
de formation pour le passage du stade de paysan à celui d’entreprise agricole,
individuelle, familiale ou collective bénéficiant de financements appropriés.
Pour mettre en œuvre toutes ces
mesures, nous proposons de créer une
Organisation Mondiale de l’Agriculture et de
Cette nouvelle organisation
reposerait sur les principes qui suivent :
-
La prise en considération de l’agriculture et de
l’alimentation comme des biens publics mondiaux,
-
La constitution de stocks régulateurs à l’échelle
internationale et sous régionale
-
La mise en place d’un comité de suivi et de
coopération par produit,
-
La création
d’un Conseil de Sécurité Alimentaire Mondial, à l’instar du Conseil de Sécurité
de l’ONU,
-
L’utilisation d’instruments de pilotage et
d’aide à la prise de décision adaptés aux spécificités propres au secteur
agricole et à sa dimension stratégique,
-
Accroître
la transparence sur les marchés à terme et les réguler, notamment les marchés
de gré à gré sur lesquels s’effectuent la majorité des
transactions.
Il convient d’aller au-delà de l’approche conjoncturelle de
la régulation des prix et de définir des actions stratégiques durables avec effets directs sur la production des pays
en développement: amélioration de la structure des sols, politique de l’eau, accès
à des semences sélectionnées et des engrais aux fins de résorption des
différentiels de productivité d’un continent à l’autre, par une véritable
stratégie d’investissement.
Sur la base de ces analyses et
réflexions, le Forum convie le Président de
Fait à Dakar, le 19 avril 2011