Communiqué de presse du 14 décembre 2009
« La CIIA et la sécurité alimentaire mondiale »


A l’invitation de la Commission Internationale des Industries Agroalimentaires (CIIA), plus de 70 personnalités (diplomates d’Espagne, Madagascar, Syrie et Tunisie, cadres et dirigeants d’entreprises, fonctionnaires et enseignants-chercheurs) ont débattu à Paris durant plus de deux heures sur le thème « Les entreprises agroalimentaires et la sécurité alimentaire mondiale ».

 


Pour introduire le débat, le Secrétaire général de la CIIA a souligné l’importance du défi de la sécurité alimentaire des populations urbaines (un million de consommateurs supplémentaire par semaine et un développement explosif de nombreuses agglomérations africaines, orientales et asiatiques)

                                


Il a conclu cette introduction avec les deux propositions de la CIIA :
- d’une part affecter une part significative de l’aide au développement à l’aide aux investissements de collecte, de stockage, de transformation et de conditionnement des produits agricoles locaux
, notamment pour constituer des éléments structurants de pôles régionaux de développement durable compétitifs

- d’autre part créer un centre de formation professionnelle continue à distance pour les cadres et techniciens des PME agroalimentaires

Selon Mme Mella Frewen, Directrice générale de la Confédération des Industries Agricoles et Alimentaires de l’Union européenne (CIAA), il faut trouver un équilibre entre l’objectif de la sécurité alimentaire et la libéralisation des échanges. Après avoir prolongé les propos liminaires de Michel Foucault, revenant sur les risques en revenant sur mes risques d’instabilité politique, la question démographique et le changement climatique (notamment la part du secteur agroalimentaire et de la distribution dans les émissions mondiales de gaz à effet de serre) elle a apporté des réflexions complémentaires sur les défis de l’eau (pour l’irrigation et la santé humaine), des agrocarburants (food versus fuel), l’obésité et le gaspillage dans les pays riches. Il semble que nous soyons loin du compte dans la poursuite de l’objectif d’« accès physique et économique à une nourriture sûre, saine et nutritive » défini lors du Sommet mondial de l’alimentation de 1996. Elle a, par ailleurs, estimé que les Européens ne doivent pas se comporter comme des enfants gâtés suralimentés et que l'Europe doit faire attention dans ses décisions d'exigences normatives ; en effet, ses décisions influencent le comportement des pays producteurs qui souhaitent non seulement satisfaire les besoins de leur population mais également exporter une partie de leur production, ce qui peut les décourager à adopter de nouvelles technologies, en particulier dans le domaine des « biotechs ».

La Confédération des industries agricoles et alimentaires européennes (CIAA) entreprend des actions diversifiées pour soutenir le développement de la chaîne agroalimentaire en lien avec les scientifiques et les acteurs politiques, les infrastructures de transport et de stockage constituant avec la formation deux priorités. De nombreux exemples d’actions concrètes sont présentés sur le site http://www.saiplatform.org de la Sustainable agriculture initiative.

 

M. Hervé Lejeune, Directeur général adjoint et chef de cabinet de la FAO, a estimé tout d’abord, à propos de la crise alimentaire de 2008, que l'impact des biocarburants a été surévalué dans la flambée des prix (les calculs montrent en effet qu’ils expliqueraient 10 à 15 % de la hausse si tous les projets actuels étaient mis en œuvre) et que s'il y a eu spéculation sur les marchés de matières premières agricoles, c'est qu'il y avait des espaces d'intérêt pour la spéculation du fait du déséquilibre croissant depuis plusieurs années entre l'augmentation des besoins et celle de l'offre. La cause profonde des manifestations violentes en a été l'incapacité des pays les moins avancés à réagir à la hausse des prix. D’ailleurs, d'investissements pendant plusieurs décennies dans l'agriculture, ces pays sont encore incapables d'accroître la production pour tirer profit des prix élevés, contrairement à ce que font les agriculteurs des pays développés et émergents.


Pour satisfaire les besoins de 3 milliards d'habitants supplémentaires, dont la moitié en Afrique, d'ici 2050 (date à laquelle la population mondiale devrait plafonner avant de se contracter), il faut accroître la production agricole mondiale de 70% et doubler celle des pays en développement. 80% de la demande devra être satisfaite par la production vivrière locale et 20% par le commerce international alimenté par les pays développés. Tous les potentiels devront donc être exploités.

M. Lejeune a rappelé un constat de bon sens : la baisse du pouvoir d'achat entraîne simultanément une réduction des quantités achetées et de l'exigence de qualité par le consommateur. Or, la baisse de qualité des aliments entraîne une progression de la malnutrition et des maladies chroniques, l'obésité étant due en grande partie à un déséquilibre alimentaire. A ce propos, M. Lejeune a incité les participants à faire attention à ne pas imposer les visions culturelles occidentales car certaines cultures valorisent socialement l'obésité.


Pour l'approvisionnement des villes, le développement des productions agricoles urbaines et périurbaines doit être intégré dans les politique d'aménagement urbain (risques sanitaires accrus en cas de non traitement des eaux usées, risques accrus de transmission des maladies animales à l'homme...). Une logistique efficace, la capacité de gestion de crise, l’accès à la terre, la réduction des risques sanitaires, la formation sont des clefs de l’intégration agricole dans les villes et les zones périurbaines des pays en développement.

L’actualité du Sommet de Copenhague incite à s’interroger sur les modes d'évaluation des effets de serre qui semblent peu rigoureux sur le plan scientifique (multiples doubles comptes le long des filières d’activités) alors que les marges d'incertitudes oscilleraient entre 50 et 80%. Il est en particulier curieux, pour l'agriculture, de ne compter que les émissions brutes à effet de serre, sans tenir compte de son rôle simultané de puits de carbone par la photosynthèse comme cela est fait pour la forêt…

 

De même, il est observé que le micro-crédit et la micro-assurance agricoles sont les parents pauvres de la micro-finance. De plus, certaines ONG voudraient que ces systèmes restent artisanaux, alors qu'il faudrait peut être l'intervention des professionnels de la finance pour qu'ils se diffusent très largement.


M. Lejeune a saisi l’occasion de la rencontre pour démentir formellement que la FAO ait déclaré que l’agriculture « bio » est capable à elle seule de nourrir le monde. Il a ajouté d’ailleurs que la France s'isole par rapport au reste du monde dans son refus dogmatique des OGM et qu’on ne peut pas exclure les « produits issus de la transgenèse » si on veut éradiquer la faim et la malnutrition dans le monde.

Sur un autre registre, un participant a relevé avec l’approbation d’autres participants que l'OMC, arguant qu’elle est de la compétence de la FAO, n'intègre pas la question de la sécurité alimentaire dans les négociations sur le commerce international. Au final, il y a un problème de cohérence dans les décisions des organismes onusiens.

 

De son côté, le représentant de la Tunisie a appuyé la proposition d'affecter une partie significative de l'aide au développement aux investissements de collecte, de transformation, de conditionnement et de distribution des produits agricoles locaux. De plus, soutenu par d’autres participants, il a souhaité que la réflexion soit prolongée par d’autres rencontres de même nature et que soit réalisées des actions de transfert de savoir-faire pour valoriser les produits des pays en développement.

 

Ce dernier voeu rejoint la 3ème résolution votée par l'Assemblée générale de la CIIA d'étudier la faisabilité de créer un centre de transfert et de formation professionnelle continue à distance. L'IAV Hassan II de Rabat serait candidat pour réaliser un tel projet en partenariat avec la CIIA.

 

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