Comité Exécutif du 30 mai 2008
ANALYSE DE LA SITUATION AGROALIMENTAIRE ET PROPOSITION
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Agir au-delà de l'urgence pour un développement agroalimentaire durable
La crise mondiale actuelle est à la fois une crise de l'offre en produits alimentaires et une crise de l'accès à l'alimentation. Elle concerne aujourd'hui essentiellement les villes. Elle aggrave une situation structurelle dans laquelle 850 millions de personnes souffrent de la faim. Elle peut s’étendre aux populations rurales mais aussi constituer une nouvelle opportunité de développement.
Des actions urgentes s'imposent pour limiter l'ampleur des situations dramatiques
La brutalité et l'ampleur de la flambée des prix des matières premières agricoles de base en 2007 ont surpris la plupart des opérateurs économiques et des responsables politiques.
La FAO a relevé 5 causes principales à l'origine de cette hausse brutale des prix :
A cette liste, sans omettre l'impact des mécanismes liés à la gestion des arbitragistes essentiellement intéressés par les fluctuations des prix sur les marchés et de certaines décisions gouvernementales qui ont réduit les disponibilités physiques sur les marchés "spot", il faut rappeler l'impact des mécanismes spécifiques du secteur agroalimentaire :
Certaines de ces causes sont conjoncturelles. D'autres ont sans doute été surévaluées par les analystes.
Ainsi en est-il de la demande de l'industrie des biocarburants. En effet, si ceux-ci ont absorbé 40% de la production américaine de maïs, la hausse du prix de celui-ci a été la plus faible de toutes les céréales au cours de la dernière campagne.
Chronologiquement, la première hausse de produits alimentaires importante en 2007 a frappé les produits laitiers du fait de la sécheresse en Océanie, région qui réalise la moitié des exportations mondiales de poudre de lait et de beurre. Une baisse du prix de ces produits est d'ores et déjà observée.
Les grandes institutions internationales appellent à juste raison à des actions concertées urgentes des Etats pour éviter des drames humanitaires, en particulier en Afrique, et les instabilités politiques incontrôlables qui pourraient en résulter. L'abondement des ressources du PAM, ainsi que les facilités de trésorerie accordées par le FMI et la Banque Mondiale aideront efficacement les Etats les plus pauvres à franchir ce passage très difficile.
Par nature, comme toutes les crises, cette crise est conjoncturelle. Elle correspond à une situation de tension provoquée par la recherche d'un nouvel équilibre social et économique à l'image d'un tremblement de terre.
Au-delà de la mobilisation et des actions d'urgence indispensables pour secourir les sinistrés, il faut mettre en œuvre les conditions d'un développement durable.
La nouvelle donne économique
Durant des décennies, grâce aux progrès de la productivité des agricultures dans le monde, les prix relatifs des produits agricoles n'ont fait que baisser au bénéfice des consommateurs. L'intérêt économique des investissements dans les filières agroalimentaires a ainsi été progressivement marginalisé et l'écart des revenus des agriculteurs avec ceux des salariés en zone urbaine n'a fait que s'accroître, alimentant de fait l'exode rural. Une fois passée la flambée des prix de 2007-2008, des rapports de prix plus rémunérateurs devraient attirer à nouveau les investisseurs si les mécanismes régulateurs indispensables adaptés sont mis en place. D'ailleurs, le rapport 2008 de la Banque Mondiale sur le développement dans le monde recommande de placer l'agriculture au centre des efforts de développement.
Certains idéologues avaient conçu les ressources alimentaires comme une arme politique et diplomatique. Même si les échanges internationaux ne sont que la partie visible de l'iceberg (ils concernent moins de 10% de la production et de la consommation mondiale alimentaire), la révolution technologique des process de la logistique (containerisation des lots et gestion spatiale instantanée) et l'objectif d'une réduction des coûts par la livraison "juste à temps" ont bouleversé les processus de gestion des échanges. Or, la crise actuelle a actualisé les objectifs de sécurité alimentaire. Certains pays, comme le Brésil, l’Inde, l’Indonésie, le Kazakhstan et le Vietnam, l’Indonésie ont décidé en 2008 d’encadrer, de constituer des stocks de réserve stratégique, voire d’interdire les exportations de produits alimentaires.
Depuis 2007, la majorité de la population mondiale vit en zone urbaine et cette proportion tend à s’accroître. On ne peut pas envisager de nourrir plus de 3 milliards d'urbains avec les cultures vivrières de proximité ! La promotion exclusive d'une agriculture basée sur les petites exploitations avec des pratiques traditionnelles se substituant à une agriculture "productiviste" est une utopie de nantis qui ne tient pas compte de cette réalité ! Peut-on imaginer nourrir décemment les habitants des mégapoles comme Alger, Jakarta, Kinshasa, Lagos, Le Caire, Mexico ou Mumbaï…. avec la seule production des paysans et maraîchers du voisinage ? La proximité d'agglomérations urbaines crée certes une opportunité de circuits courts de commercialisation pour de nombreux de producteurs périurbains. Mais la majeure partie des produits agricoles devra être collectée, emmagasinée, transportée, traitée pour préserver sa qualité, transportée, distribuée par des intermédiaires pour parvenir aux consommateurs des centres urbains.
Le gaspillage qui caractérise en partie les économies des pays dits "développés" est remis en cause du fait de son impact nuisible pour l'environnement mondial. Par contre, on ne peut refuser aux populations des autres pays de sortir d'une économie de subsistance et de conditions de vie très précaires, et de rechercher un mieux être, un bien vivre.
En tout état de cause, il est nécessaire de relancer les productions vivrières pour réduire la dépendance alimentaire dans de nombreux pays, en s'appuyant en particulier sur les agricultures familiales, et d'améliorer les circuits de commercialisation et de mise en marché.
Par ailleurs, le développement d'espaces d'intégration régionaux et de marchés régionaux est un moyen d'améliorer la sécurité alimentaire et permet des échanges commerciaux d'une manière plus équitable entre économies comparables.
Proposition de la CIIA
L'expérience montre le rôle décisif des opérateurs aval de la chaîne alimentaire dans le processus de développement des productions agricoles.
Le développement durable de la chaîne alimentaire impose de mobiliser des compétences complexes et complémentaires. Par ailleurs, il a été démontré, en particulier par le groupement des académies américaines, que le meilleur retour sur investissement réside dans la formation et la recherche. Il est donc indispensable que les grandes institutions financières et les grandes fondations s'engagent également, au-delà des actions d'urgence, à soutenir des programmes concertés pluriannuels de recherche/formation/actions qui seraient élaborés par des organismes publics en liaison étroite avec les opérateurs économiques.
La Commission Internationale des Industries Agricoles et Alimentaires, en s'appuyant sur son réseau de membres associés et d'experts, est prête à investir son savoir-faire en formation continue dans l'élaboration de tels programmes pour la diffusion/partage des connaissances théoriques et pratiques agronomiques, technologiques, nutritionnelles et de mise en marché en les adaptant aux besoins identifiés par des correspondants locaux.