Les germes de
apparus en 2009 dans le secteur alimentaire
Michel Foucault, Secrétaire général de
Les événements qui ont un impact durable sur la société ne sont pas toujours les plus évidents.
L’année 2008 avait été marquée par l’éclatement de la crise financière, puis économique qui a entraîné la flambée des prix alimentaires et provoqué l’éclatement de multiples émeutes de la faim dans le monde. Alors que les 2/3 des pauvres sont des paysans, ce sont les urbains qui se sont soulevés parce que les citadins pauvres n’ont aucune réserve et sont les plus sensibles aux évolutions des prix.
Face à l’ampleur de la crise économique, ajoutée à celle du défi du réchauffement climatique, beaucoup espéraient que 2009 allait consacrer l’éclosion d’une véritable gouvernance mondiale grâce à la pression conjointe des ONG et des medias sur les chefs d’Etats. Pourtant, chacun de ceux-ci gardant à l’esprit de ses intérêts de court terme, les Sommets d’Aquila, Rome et Copenhague n’auront été conclus que par des annonces qui n’ont pas d’effet juridique contraignant pour les Etats.
Seuls les services sanitaires coordonnés par l’OMS ont montré une réelle efficacité en maîtrisant les risques liés à la pandémie grippale mondiale A H1N1. Il est vrai que l’épisode précédent avait permis de roder le système et qu’en Europe la santé n’a pas de prix…
En fait, en 2009, trois événements ont jalonné de façon marquante le secteur agroalimentaire.
Le concept « open
source » a pénétré le secteur agroalimentaire
Des étudiantes de la faculté Rockefeller présenteront en février 2010 lors de l’Assemblée annuelle de l’American Association for the Advancement of Science (AAAS) l’application qu’elles ont faites du « DNA barcoding » avec les résultats obtenus en septembre 2008 : ¼ des poissons analysés sont commercialisés à Manhattan sous une dénomination frauduleuse ! Excités par cette observation, 2 lycéens du quartier se sont piqués au jeu et ont analysé 150 produits du commerce local en comparant leurs résultats avec les codes génétiques d’espèces animales qui sont publiés sur les sites de GenBank et Barcode. Ils ont alors constaté que 11 des 66 produits analysés de manière fiable étaient commercialisés sous une fausse appellation !
Potentiellement, le repérage de la fraude n’est plus l’apanage des seuls organismes officiels grâce à la réduction drastiques des coûts : n’importe qui peut acheter sur Internet pour 200 $, soit 140 euros, un kit d’électrophorèse auprès de la société Pearl Biotech.
Le comportement des 2 lycéens new-yorkais s’inscrit dans le courant du hacking qui est né avec l’apparition des micro-ordinateurs dans les foyers. Il vise à un échange « discret » d'information en fouillant ou bidouillant. Cette pratique, surtout appliquée jusqu’ici au fonctionnement des ordinateurs, regroupe les techniques relevant des failles et vulnérabilités d'éléments, matériel ou humain.
Les hackers, animés par une philosophie libertarienne,
se caractérisent par une curiosité viscérale avivée par la passion du jeu. Le
MIT s’est rapidement impliqué en définissant les règles éthiques de cette
activité, en particulier l’accès à tout
ce qui peut apprendre comment le monde marche devrait être illimité et
total ; l’information devrait être libre et gratuite ; la méfiance
s’impose à l’égard de l'autorité ; l’évaluation ne doit porter que sur les
œuvres à l’exclusion d’autres critères jugés factices (âge, nationalité, diplômes).
Ces règles ont entraîné le concept de « open source » qui s’applique
aux logiciels sous licences libres de droit et qui répond aux critères de
Toujours sous son impulsion, après la création en 2003 de BioBricks qui est un registre standardisé des ADN, le MIT a
lancé la communauté OpenWetWare pour favoriser la
diffusion des informations touchant à la génétique et à la biologie de synthèse,
et organisé à Boston une compétition annuelle appelée « International Genetic Engineered Machine »
(iGEM), vaste forum qui réunit les bio-hackers du monde entier. Le succès de ce forum est
explosif : de 5 équipes en compétition en 2004, elles étaient 110 le 1er
novembre 2009 sous le regard attentif du FBI ! Cette agence fédérale et
Avec la dernière version du « Barcode Aggregador » sur www.barcodinglife, développé et présentée en novembre 2009 à Mexico par des chercheurs canadiens et en se concentrant sur le gène mitochondrial COX1, les biohackers disposent d’outils de comparaison automatisée très performants. Ils peuvent mettre en évidence des fraudes possibles. Or, aux USA, le FBI n’hésite plus à poursuivre les gros fraudeurs… Dans son rapport pour 2009, le FBI cite ainsi parmi ses succès de l’année la condamnation du groupe pharmaceutique PFIZER à payer 2.3 milliards $ pour la promotion frauduleuse de l’un de ses produits… Avec la mondialisation des bases de données et la comparaison des codes ADN, les présomptions de fraude sur les dénominations se transformeront en preuves. Mais ces techniques, qui étaient jusqu’ici maîtrisées essentiellement par les grands groupes promoteurs des OGM et quelques laboratoires scientifiques, vont rapidement se vulgariser et peuvent devenir également un atout supplémentaire pour mieux définir et faire respecter les appellations d’origine.
Le développement
durable va, malgré tout, s’imposer aux entreprises agroalimentaires.
Le 1er
octobre 2009, le leader mondial de la distribution alimentaire a lancé la 1ère
phase de son « Walmart’s sustinability
index » avec l’envoi d’un questionnaire en 15 points auprès de ses 100.000
fournisseurs. Les questions portent sur 4 domaines : l’empreinte carbone,
l’utilisation des ressources naturelles, l’efficacité des matériaux utilisés et
les relations sociales avec les parties prenantes. Est ainsi confirmée
l’information donnée lors du petit-déjeuner-débat au
SIAL 2008 sur le développement durable des entreprises agroalimentaires.
Wal-Mart va transmettre les réponses à un consortium créé autour d’universités
pour développer une base de données globale d’information sur le cycle de vie
des produits. La multinationale financera ce consortium, mais elle n’a pas
l’intention de créer son propre index. Par contre, elle veut s’associer avec
des entreprises spécialisées pour développer un index en “open plateform”. Il sera adapté selon les pays. Cet index sera
ensuite vulgarisé sous une forme simple (score numérique, code couleurs ou
logo) auprès des consommateurs.
La crainte que « Walmart’s sustinability index » devienne un critère discriminatoire de référence pour les fournisseurs est provisoirement écartée. En effet, ceux-ci ne seraient que 10% à être prêts à y répondre. De plus, du fait de la crise, ils ne seraient que 60% à prévoir d’investir pour réduire leur empreinte carbone. Mais l’enjeu est de taille puisque Wal-Mart est l’entreprise la plus grosse du monde avec 1.900.000 salariés et un chiffre d’affaires égal à 4 fois celui de Nestlé ! L’ambition de Mike Duke, Président de Wal-Mart Stores, est claire : « We can create a new retail standard for the 21st century” et la tentation sera grande pour la multinationale de se démarquer de ses concurrents distributeurs en systématisant l’emploi de son index.
Les deux faits marquants que nous avons relevés ci-dessus n’occultent pas le principal défi auquel le secteur agroalimentaire mondial devra répondre : assurer la sécurité alimentaire des citadins des pays émergents et des pays les moins avancés. En deux générations, la population mondiale va s’accroître de moitié et celle de l’Afrique va doubler ; la proportion de la population des villes va passer en moyenne de 50 en 2008 à 60 % en 2050 avec un rattrapage pour les pays africains et asiatiques les moins urbanisés qui va y provoquer une véritable explosion démographique. Si rien n’est fait pour assurer leur sécurité alimentaire, la déstabilisation politique de ces pays qui en découlera risque d’être générale avec des effets incontrôlables en terme de sécurité internationale.
Pour sensibiliser des décideurs à l’ampleur de ce défi, la CIIA a organisé le 11 décembre
une première rencontre-débat avec Mme Mella Frewen, DG de
Revue « IAA-Industries Alimentaires et Agricoles » Janvier-Février 2010 (128ème année)